Upload de votre cerveau sur Google en cours… N’éteignez pas votre PC

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Parmi tout ce que la société Google pourrait faire des données qu’elle collecte sur nous jour après jour via l’infinie galaxie des services qu’elle nous offre, il est une possibilité qui me semble à la fois excitante, inquiétante et susceptible d’arriver bien plus vite qu’on ne le pense. Il s’agit de la possibilité de nous doter d’un avatar qui ne serait pas qu’une image nous représentant mais bel et bien une prothèse de nous-mêmes, je veux dire de chacun d’entre nous pris individuellement.

Il pourrait s’agir dans un premier temps d’un service prenant la forme d’un assistant personnel évolué susceptible de nous aider dans diverses tâches de gestion de notre activité quotidienne et de prises de décisions telles que :

  • répondre à certains courriels automatiquement et de manière personnalisée,
  • nous abonner/désabonner automatiquement à des newsletters, flux rss, forums de discussions, hubs, en fonction de centres d’intérêts du moment,
  • nous aider à entretenir les liens avec les membres de notre réseau social (ex : leur envoyer un email/sms/message sur un wall/twitt/… pour leur anniversaire)
  • nous proposer des phrases déjà écrites selon notre style au fur et à mesure de notre rédaction (saisie prédictive ++) lorsque nous utilisons Gmail, Google Docs, Blogger ou n’importe quel service Google permettant la rédaction de texte.
  • nous alerter de manière très fine et sans que nous n’ayons eu à configurer d’alertes par mots-clés de documents apparus dans les index Google : documents, pages web, billets de blog, news, vidéos, forums, produits, bonnes adresses,…
  • nous proposer de nous mettre en relation avec des experts des domaines sur lesquels nous sommes en train de travailler (Google answers en temps réel et dans le contexte)
  • optimiser notre trajet en voiture en fonction de nos habitudes mais aussi de celles de tous les autres utilisateurs de Google actuellement en déplacement (via la géolocalisation de notre tél mobile).

En cherchant un peu on peut sans doute trouver des sociétés ayant déjà tenté de développer tel ou tel de ces services mais aucune n’est aussi bien placée que Google pour en tirer profit. Google, qui dispose déjà de monstrueuses quantités de données nominatives (10 things Google knows about you?) et peut aisément en tirer des probabilités quant à ce que seront nos activités dans une heure, un jour, 3 mois, un an,… Mais aussi les comparer avec celles de ses millions d’autres utilisateurs afin de proposer des services à base d’optimisation et de contrôle des comportements de masse et individuels :

  • vous éviter des embouteillages en vous proposant des itinéraires bis ou ter calculés en temps réel,
  • vous proposer des promotions géociblées si vous êtes plus de 20 à vous rendre dans telle boutique (proche) entre telle et telle heure,
  • trouver l’heure et le lieu qui conviendraient le mieux à la réunion d’une équipe projet ou d’un groupe d’amis géographiquement séparés,…).

Je stoppe là une liste qui indique des usages évidents mais dont on comprend qu’ils sont infinis. Que faut-il pour que tout cela advienne? Pas grand chose en fait, en tout cas rien que Google ne sache déjà faire. Si l’on s’intéresse un peu au fonctionnement de la firme on sait qu’elle utilise déjà des algoritmes sophistiquées pour suivre, optimiser et anticiper le travail de chacun de ses employés (Voir cet article). Sans rien connaître au fonctionnement des systèmes de ce type j’imagine un outil d’informatique décisionnel orienté non pas vers les produits mais vers les individus, un système à la fois descriptif et apprenant de chacune des interactions des employés entre eux et avec le système, un système orienté vers une analyse prédictive très fine des résultats permettant de déduire d’historiques de données (mais peut-on parler encore d’historique lorsqu’on fonctionne en temps réel?) des comportements potentiels. Archives de données qui, comme l’a montré Ian Ayres dans son ouvrage Super-crunchers, prennent une importance grandissante dans les prises de décision et sont en mesure d’en optimiser les résultats (Quand nous serons tous des dataminers).

A quoi aboutit-on finalement? Tout simplement à la naissance d’un double numérique de nous-même constitué de tout ce que Google sait déjà de nous et est capable d’en déduire quant à notre mode de fonctionnement, nos habitudes, tics et manies. Mais aussi bien sûr de ce qu’il continue à apprendre tous les jours et lui permet d’affiner petit à petit la connaissance qu’il a de nous, connaissance qu’il revend d’ailleurs depuis longtemps de manière agrégée à d’autres compagnies et a déjà fait sa fortune.

Tout comme Google se positionne comme l’acteur incontournable du marché publicitaire dans le monde réel (« irl » si vous préférez) grâce à Google Latitude, il a en main les cartes pour constituer la première véritable extension de notre cerveau ou plus exactement la première modélisation, forcément imparfaite mais s’améliorant en permanence, de celui-ci et de ce qu’il est en mesure de produire. Et je ne crois pas faire de la mauvaise science-fiction en disant cela. Pour Google et ses fondateurs tout a toujours été question de statistiques et de data mining (cf les publication de Sergei) et j’imagine que dans leur idéal le fonctionnement de notre cerveau pourrait finir par se réduire à un algoritme évolutif et personnalisé.

Réfléchir à la puissance de la firme de Moutain View donne alors le vertige car on comprend qu’elle sera (est déjà?) en mesure d’anticiper avec un taux de probabilité toujours croissant nos comportements individuels et/ou collectifs sur le web et « irl » (mais cette distinction perd tous les jours du sens). Et pour ceux qui se croient en dehors de la galaxie Google et donc non-prédictibles (c’est à dire non-manipulables) car n’utilisant pas les services Google et bien qu’ils se rassurent, il serait étonnant qu’ils ne correspondent pas à l’un des profils toujours améliorés d’un panel généré par l’aggrégation/désaggrégation permanente de millions d’autres.

Tout comme certains s’amusent à rechercher des mots-clés que Google ne connaitrait pas nous nous amuserons peut-être un jour à tenter des comportements individuels que Google n’aurait pas anticipé.
Oui je sais tout cela fait très Matrix mais montrez moi où j’ai tort :-)
Google pourrait ainsi réaliser avant les échéances proposées par Ian Pearson, Ray Kurzweil, Bruce Katz ou les tenants du transhumanisme, c’est-à-dire autour de 2050, une certaine forme de « Mind uploading« .

Alors? Etes-vous prêts à laisser Google modéliser votre cerveau? Etes-vous prêt à lui déléguer votre moi numérique et donc votre identité numérique?

Upload de votre cerveau sur Google en cours… N’éteignez pas votre PC
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