2006, année charnière pour les moteurs de recherche d’entreprise?
Ressources Outils Froids - Article Veille Mag
Ci-dessous un article que j'ai rédigé pour Veille Magazine de Janvier 2006:
2006, année charnière pour les moteurs de recherche
d’entreprise ?
L’année
L’annonce du rachat en novembre dernier de Verity par
Autonomy pour un montant de 500 millions de dollars a bien sûr été le point
culminant de ces mouvements, mais d’autres avaient précédemment laissé
entrevoir un frémissement du marché. Ainsi Verity a racheté en juin dernier 80-20,
une solution de « desktop search » lui permettant d’étendre sa gamme.
IBM pour sa part a multiplié les annonces avec le lancement d’Omnifind et la
mise à disposition en Open Source d’UIMA (Unstructured Information Management
Architecture), une plateforme globale de traitement de données non-structurée.
Plus récemment, Big Blue a annoncé des accords avec X1 et Google autour de
solutions de « desktop search », ainsi que le rachat de la société iPhrase
en décembre dernier. Pour finir
Autonomy-Verity, le signal d’une restructuration du marché ?
Difficile donc de nier l’effervescence autour des moteurs de recherche d’entreprise, d’autant que comme le précise Susan Feldman, vice-présidente de la recherche sur les technologies de contenu chez IDC : « Il y a eu près d’une centaine de fusions ou acquisitions sur le marché de la gestion de contenu (recherche, gestion des « assets » numériques, records management) dans les 3 - 4 dernières années ». Doit-on pour autant voir dans ces mouvements le signal d’une consolidation générale ?
C’est que ce marché est plutôt paradoxal. Malgré une
croissance du secteur estimée par IDC à 25% par an les sociétés dégagent des
chiffres d’affaire bien moins importants que ceux de la plupart des autres
secteurs de l’industrie informatique. Et encore faut-il prendre en compte la
part importante des activités de conseil et d’intégration dans les résultats de
ces sociétés. Le rapport annuel de Verity montre par exemple que la vente de
logiciel en
On explique généralement ces faibles résultats par un morcellement des acteurs créant un manque de visibilité et entraînant la frilosité des investisseurs. Une tendance que l’opération Autonomy-Verity pourrait modifier selon l’avis de Martin White, rédacteur de l’Enterprise Search Guidebook 2005: “Je ne vois pas d’autres contrats du type Autonomy-Verity se profiler explique t-il, parce que tout le monde va attendre de voir ce qui se passe pour ces deux-là mais je pense qu’on va assister à une arrivée plus importante d’investisseurs car cette acquisition a valorisé ce marché ».
Le site CMS Watch, éditeur le l’« Enterprise Search Report », en donne une vision qui, à défaut d’être dynamique, présente une segmentation claire (voir tableau n° 1)
|
Les « Big Three » |
Acteurs « traditionnels » |
Autonomy-Verity Convera Fast Search & Transfer |
|
Editeurs à forte spécialisation |
Se concentrent sur les besoins spécifiques de certains secteurs tels le CRM ou l’e-commerce |
Endeca Inquira iPhrase
(IBM) Lextek Stratify Teratext |
|
Vendeurs d’infrastructures et de solutions de gestion de contenu |
Recherche présentée comme élément d’une plateforme de gestion de contenu |
Hummingbird IBM Microsoft
(Sharepoint) Opentext Oracle SAP |
|
Challengers de milieu de gamme |
Offrent des moteurs de recherche assez complets pour des prix raisonnables |
Arikus Copernic (Mamma) Isysusa Speedofmind |
|
« Search appliances » |
Boîtiers « plug and play » de plus en plus populaires mais surtout adaptés aux fichiers HTML et bureautiques classiques |
Thunderstone |
|
Services hébergées |
Service en mode ASP, plutôt adapté aux fichiers HTML |
Atomz Blossom Crownpeak |
|
Solutions bas-coût |
Idéales pour les recherches de fichiers HTML et bureautiques classiques |
Dtsearch Innerprise Ultraseek
(Autonomy-Verity) Youramigo Mondosoft |
|
Open
Source |
Moins puissants que leurs contreparties commerciales mais bien réalisés et soutenus par une communauté de développeurs |
ht://dig Swish-e Lucene |
Les clients mettent
la pression
L’étude « Global Executive Survey » menée en 2005 sur 7800 managers par Mc Kinsey Consulting[2] nous apprend par ailleurs que 30% des chefs d’entreprise interrogés considèrent qu’il est difficile de trouver l’information utile à la prise de décision.
Tout d’abord les internautes ont vis-à-vis d’un moteur comme Google des attentes modérées. Même s’ils souhaitent un minimum de pertinence ils ont conscience que les résultats obtenus sont génériques. Autant le Pagerank Google se révèle performant dans un contexte général autant il n’a pas de raison d’être dans une entreprise composée de groupes d’individus pour lesquels la pertinence est relative aux métiers exercés. Ainsi là où les ingénieurs d’une société pharmaceutique auront besoin de retrouver des formules chimiques, les comptables de cette même société voudront pouvoir extraire d’un coup les bilans des dix dernières années et les commerciaux identifier des contacts via l’application de CRM.
Quand l’internaute lance ses requêtes comme autant de bouteilles à la mer le travailleur du savoir sait exactement ce qu’il attend et se sent frustré par le manque de résultats.
Autre problème de taille, celui de la restriction d’accès aux données de l’entreprise. C’est une chose de mettre en place un moteur en open source capable d’indexer des bases documentaires, c’en est une autre que de permettre de rechercher des documents en respectant une politique de droits d’accès. Cela nécessite des réglages pointus, voire des développements supplémentaires pouvant lourdement grever le budget initial d’un projet.
Enfin, et pour faire court, citons aussi le problème de la variété d’entrepôts informationnels présents dans une organisation : fichiers bureautiques, bases de données relationnelles, messageries, annuaires LDAP, documents html présents sur l’intranet, l’extranet et le site web de la société, sans oublier le contenu de systèmes anciens mais toujours fonctionnels de type mainframes ou les bases documentaires de fournisseurs de contenus.
Au final c’est autant de connecteurs qu’il faudra développer pour permettre la prise en compte de ces données hétérogènes par un moteur de recherche.
Google dynamise le
marché
Avec cette entrée remarquée Google s’est attaqué au cœur du problème, le prix !
En effet, un moteur de recherche d’entreprise c’était jusque là de nombreuses fonctionnalités, des possibilités de réglages fins, des offres modulaires mais aussi des prestations de conseil en amont, un temps de déploiement pouvant atteindre plusieurs semaines et une maintenance indispensable.
En ramenant le moteur de recherche d’entreprise à sa simple expression Google a donné l’impression que tout cela n’était pas si compliqué et que les éditeurs traditionnels avaient peut-être exagéré la difficulté d’intégration pour améliorer leurs marges.
Si les services marketing de ces sociétés ont forcément joué de ces arguments pour vendre de la prestation il faut reconnaître que c’était à peine amplifié et c’est ce que Google est en train de découvrir. La firme de Mountain View a en effet annoncé en septembre dernier qu’elle créait un programme de partenariat intitulé « Google Enterprise Professional » afin de travailler avec des intégrateurs. Les « search appliances » ne seraient-elles pas si « plugs and play » que cela finalement ?
Malgré tout il faut reconnaître que si Google a appris à ses dépens qu’une diversification était toujours délicate à mener, son arrivée a forcé ses concurrents à se questionner sur leurs offres et à les faire évoluer. C’est ainsi par exemple que Verity a racheté Ultraseek en 2002 afin de proposer un produit d’entrée de gamme. Cà a été aussi pour eux l’occasion d’affûter leurs argumentaires afin d’expliquer pourquoi leurs solutions étaient plus que de simples « appliances » et en quoi cela était important en terme de retour sur investissement.
Angela Ashenden, consultante senior chez Ovum, analyse: « le changement que nous sommes en train de voir actuellement est la création de ce que j’appelle le marché de la «recherche simple» (simple search), dans lequel les fonctionnalités fournies ne sont pas les plus perfectionnées mais sont évolutives et faciles à déployer et à maintenir. (…) Il y aura encore besoin de technologies telles que celles fournies par Autonomy et Verity, mais leur prix sera remis en question (…) Cette acquisition donne à la nouvelle compagnie une position renforcée (…) et lui offre peut-être sa meilleure chance de rester dans la course. »
Ainsi comme on l’a vu les mouvements stratégiques sont patents. IBM par exemple, semble maintenant réunir toutes les briques nécessaires à la fourniture d’une offre modulaire permettant de répondre au mieux aux besoins de ses clients.
L’offre d’Oracle incluant Matchpoint de Triplehop n’est pas encore au point mais elle completera, voire remplacera, Oracle Text. Difficile en revanche de savoir si, comme Omnifind, elle sera fonctionnelle en dehors de l’environnement de l’éditeur.
Seul Microsoft semble être une fois de plus en panne sur ce marché. La société intègre bien sûr des fonctionnalités avancées de recherche sur son portail collaboratif Sharepoint Server et a présenté cette année son Desktop Search Engine. Pourtant même si on se doute que le géant de Redmond a des ambitions, ses annonces entretiennent le flou. Ainsi après avoir clamé en début d’année que Vista, son nouveau sytème d’exploitation, intègrerait de puissantes fonctionnalités de recherche la société a prévenu récemment qu’elles ne seraient sans doute pas disponibles fin 2006, date programmée de sa sortie.
Si les alliances et les rachats sont une manière de résister,
l’innovation en est une autre.
Par ailleurs n’oublions pas que ces solutions, souvent gratuites, sont aussi des supports publicitaires générant un revenu non négligeable.
2006 devrait donc voir apparaître de nouveaux moteurs de recherche personnels mais aussi se généraliser des fonctionnalités encore à l’état de tendances (voir encadré). Citons pêle-mêle la recherche floue, l’extraction et le classement automatique de noms de personnes ou d’entreprises, des fonctionnalités de text-mining, la création de requêtes implicites en fonction du contexte de l’utilisateur, le langage naturel ou encore la recherche distribuée (P2P). Mais la tendance forte pourrait encore une fois venir du web et notamment de ce qu’on appelle dorénavant les « folksonomies », téléscopage de l’anglais « folks », les gens, et du terme taxonomie. L’expression désigne une manière de classer l’information à plusieurs et de faire ainsi émerger un vocabulaire spécifique aux différents métiers d’une organisation. Ces folksonomies ne remplaceraient évidemment pas les moteurs de recherche mais pourraient permettre de mieux cibler des requêtes en les couplant à un système de classification à facettes.
Gageons qu’avec ce potentiel d’innovation et l’ensemble des mouvements stratégiques qui agitent ce marché l’année 2006 devrait encore se révéler passionante.
L’innovation dans les moteurs de recherche d’entreprise : paroles
d’expert
Voici les réponses de 3
experts que nous avons interrogé à la question suivante : Quels sont
d’après vous les prochains grand challenges (techniques, commerciaux,…) pour
les éditeurs de moteurs de recherche d’entreprise :
Susan Feldman, Research Vice President Content Technologies d’IDC : « Les challenges
techniques de l’année à venir sont d’unifier l’accès à des formats multiples
répartis dans des lieux de stockage variés, rechercher à la fois dans des
données et du contenu et devenir plus « interactifs ». Dans le champ
technique pure les solutions « pure players » sont loin devant leurs
concurrents »
Avi Rappoport, consultante spécialisée (www.searchtools.com): « Je dirais l’extraction de noms propres automatique (entity extraction), l’association automatique de métadonnées, la possibilité de fractionner un document multi-thématique en sous-documents, la prise en compte des documents multimedias et l’intégration avec les systèmes de gestion de contenu. »
Martin White, rédacteur de l’Enterprise Search Guidebook 2005 (www.freepint.com) :
« - Rendre
l’intégration plus simple
- Pouvoir chercher en même
temps dans des données non-structurées et structurées. C’est actuellement
possible mais peu convaincant
- Pouvoir chercher de
manière plus précise dans des documents multimedias
- Convaincre les
organisations des bénéfices apportés par un moteur de recherche performant »
Sites
ressource :
CMSwatch :
http://www.cmswatch.com/
Information
Today : http://www.infotoday.com/
Search
Tools: http://www.searchtools.com/
Freepint: http://www.freepint.com/
[1] The Hidden Costs of Information Work. Susan Feldman Joshua Duhl, Julie Rahal Marobella and Alison Crawford. IDC White Paper 05c4405A, Mars 2005.
[2] The Mc Kinsey Global Survey of Business Executives , July 2005






Anonyme
| Le Mercredi 08/03/2006 à 15:12
| ![En Haut [^]](/public_images/skins/itheme/fleche-haut-13.png)





1 - Lien croisé
Actu'live - Actu'live - WIW2.COM, L'actualité du web 2.0 : "2006, année charnière pour les moteurs de recherche d entreprise?"