Avr. 08 05

Version imprimable Quand Twitter fera autorité (où le koan numérique remplace l'Encyclopaedia Universalis)




Ca ne se voit sans doute pas là tout de suite, mais je suis dans une période d'écriture intensive (si, si) et ne sachant à qui parler sinon à moi-même (on tourne un peu en rond lui et moi) je souhaitais partager avec vous la petite réflexion suivante, fruit exotique de ces activités scripturaires quotidiennes.
Or donc (je savais que je le placerai un jour), or donc disais-je (et de deux), or donc j'ai remarqué qu'une grande partie de la materia prima utilisée pour ce travail était constituée de textes de petite et moyenne taille : articles de journaux, articles scientifiques, billets de blogs, plutôt que d'ouvrages dorés sur tranche. Vous me direz c'est normal, c'est moins long à lire. Certes mais il se trouve aussi que cela concentre bien souvent la pensée de l'auteur pour en exprimer la quintessence dans des expressions souvent  "fulgurantes" que plusieurs dizaines de pages ne rendraient pas. D'ailleurs n'est-ce pas le mouvement naturel de l'écriture que d'aller vers toujours plus de granularité? De la tablette cunéiforme citable à coups de burin (mais très bien calibrée pour les ricochets sur l'Euphrate), au twitt de 140 signes syndiquable et mashupable à volonté sur tout service web 2.0 digne de ce nom, le chemin fut long et semé d'embûches (à ce qu'on dit), mais finalement assez linéaire.


Ayant lu récemment l'article d'Hubert Guillaud consacré à l'explosion de Twitter (et associés) et au passage consécutif du multilogue blogosphérique au multilogue twittosphérique j'en viens à me demander si les twitts ne feront pas bientôt autorité au même titre que les ouvrages savants et si, dans un document que l'on voudra "respectable" (bouquin, article), l'on n'en viendra pas à citer le twitt d'untel ou untel comme référence de ce que l'on avance ("comme l'affirme Freud dans son twitt n°xxx et bla et bla et bla").
Oui je sais ça à l'air saugrenu comme çà, on est vendredi soir et vous vous dites que je suis un peu fatigué et vous n'avez pas tort, seulement imaginez un instant que les grands pontes de vos domaines d'activité respectifs se mettent eux aussi à twitter (si vous en connaissez ça m'intéresse?).  Pas de la blanchaille hein! Non je veux dire du lourd, du Einstein, du Drucker (pas Michel), du Vinci, du  Dumézil, du Laborit, etc (oui je sais ils sont morts et ne gazouilleront plus jamais en ce bas-monde numérique mais je voulais pas offenser les vivants).
Bon alors quoi? Vous ne les citeriez pas? Alors que ces 140 petits caractères gazouillés sont le lait concentré sucré de leur pensée, un truc carrément performatif si çà se trouve qui, à l'instar d'un kôan zen apportant l'illumination, vous transmettra d'un seul coup d'un seul le suc de l'esprit du grand homme. Imaginez-vous devenir sa pensée vivante au moment même où vous le lirez. Le rêve non?
D'ici là je vous souhaite une bonne nuit et vais tenter d'en faire (des rêves).

Commentaires

Citations

Effectivement, une citation ou une phrase-clef (ou -choc) peut "entrer" dans 140 caractères...

Mais l'argumentation ?

Quand on fait une biblio de documents cités, c'est en général dans un document de type universitaire, d'une certaine longueur (quelques pages ?), qui cite lui-même des documents du même type.

Je ne suis pas (pas encore...) convaincu. Mais les nouveaux outils peuvent nous apporter tellement de surprises... :-)


 


Thierry | Le Samedi 05/04/2008 à 09:21 | [^] | Répondre

Il y a du bon dans cette idée :-)

Je pense que c'est une excellente intuition. Certes, il faudra éviter les twitter du genre "Je reviens de Shopi" (quoique, ne serait-ce pas un koân ?), mais je crois beaucoup à la force des aphorismes. Par exemple, Bernard-Marie Koltès (pour ne pas désobliger les vivants) qui disait "Tout le monde recherche ses racines, mais je ne suis pas une salade".
Je crois en effet à la force percutante des phrases courtes (dit-il dans un long commentaire). Après, il y a les phrases qui font juste une impression immédiate, sans véritable profondeur ("se coucher tard nuit", R. Devos), et il y a les koân ("les miroirs feraient bien de réfléchir avant de nous renvoyer notre image", J. Cocteau).

 


Docthib | Le Samedi 05/04/2008 à 09:56 | [^] | Répondre

Fugitifs éclats de l'ëtre

(Le titre de mon commentaire est de Jean-Vincent Verdonnet) : votre post entre en résonance avec cette impression grandissante que j'ai, qui est que le net fait de nous autant d'éléments d'une sorte de cerveau planétaire... Chacun de nous, sur le net, devient un "neurone", un "module" d'un outil de pensée à l'échelle du réseau mondial. Et les informations alors, peut-être, circulent mieux lorsqu'elles sont courtes, ramassées, comme des influx nerveux. Où l'on rejoint votre idée...
Et puis aussi : ce gazouillis, on peut le lire comme le bruit de fond de notre cerveau, en le ramenant encore une fois à cet cerveau planétaire... Votre cerveau, le mien, gazouillent sans cesse... Comme le cerveau mondial... Et Twitter devient le tableau où s'inscrivent ces gazouillis...

 


dbourrion | Le Samedi 05/04/2008 à 10:22 | [^] | Répondre

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Anonyme | Le Dimanche 06/04/2008 à 05:30 | [^] | Répondre

Chimère ?

Je ne suis pas certain de bien vous comprendre cette fois-ci. Twitter, 140 signes : l'analogie avec la tablette sumérienne est un bon exemple puisqu'elle servait surtout à se rappeler ce que devait un paysan ou ce qu'il avait déjà donné au temple (en matière d'impôt). Une tablette = un "post-il", un aide-mémoire. Dumézil en 140 signes : pourquoi pas ? Si l'on suit la bibliographie de wikipédia, il y a 50 ouvrages du savant. Donc, non compris les articles... Peut-on résumer une telle pensée en 140 signes ? Permettez-moi d'en douter (mais je ne suis peut-être pas assez futé..). Par ailleurs, à suivre l'exemple de l'interview cité au bout du lien sur l'utilisation de twitter, cela me rappelle davantage une définition de la démagogie (et puisqu'il faut des renvois : Aristophane avec "Les Guêpes" pour ne rester qu'avec les morts !) qu'un signe de création de concepts. Je ne pense pas qu'un tel feedback puisse faire avancer une discussion, je crois davantage à la préparation d'un entretien. Les silences, les lacunes sont un élément de réponse qui se suffisent à eux-même. A moins... qu'un traitement statistique et une notion d'échantillon : donc plusieurs milliers de twit et un logiciel de traitement de l'information pour en faire une synthèse, pas un esprit humain. Je me trompe ? Je n'ai pas tout compris ?

 


Filca | Le Dimanche 06/04/2008 à 21:26 | [^] | Répondre

Bien vu

Le"koan numérique" dans twitter, c'est exactement ça :)

 


Marc Traverson | Le Mardi 08/04/2008 à 21:42 | [^] | Répondre

 

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