Déc. 07 13

Version imprimable Vie, mort et résurrection d’un favori web 2.0 (3/5)


- -

Vie, mort et résurrection d’un favori web 2.0

Est-ce à dire que nous devons arrêter de « tagger » à tout va ? Non bien sûr car la richesse de folksonomies n’est pas dans leur usage individuel, comme leur nom l’indique bien, mais dans les flux d’information qu’elles génèrent et dont elles permettent la mise en commun. On peut tenter de mieux comprendre la spécificité de ces nouveaux services en relisant les travaux de Pierre Lévy sur la notion d’objet et notamment l’article dont je tire les extraits ci-dessous :

(L’)objet doit être le même pour tous. Mais, dans le même temps, il est différent pour chacun, au sens ou chacun est à son égard dans une position différente. (…) Il se trouve, simultanément ou alternativement, entre les mains de tous. De ce fait, chacun peut y inscrire son action, sa contribution, son impulsion ou son énergie. L'objet permet non seulement d'amener le tout auprès de l'individu mais encore d'impliquer l'individu dans le tout. (…)
Finalement, l'objet ne tient que d'être tenu par tous et le groupe ne se constitue que de faire circuler l'objet.

Incroyables résonnances d’un article datant de 1995 avec les folksonomies d’aujourd’hui et, plus globalement, avec le mouvement collaboratif inhérent au web 2.0.
La folksonomie c’est cet objet qui n’existe que lorsqu’il passe de mains en mains. Plus dynamique que les systèmes de classement précédents, la folksonomie existe dans l'interaction immédiate qu'elle permet de tous avec tous, de tous avec les données de tous. Sa valeur est dans l'usage immédiat car nous consommons de plus en plus et nous consommons dans l’instant : des flux d’informations et de données, des liens, des relations aux autres,… Cette consommation est un cercle vicieux (ou vertueux c’est selon) car pour consommer il faut qu’il y ait matière à cela. L’accélération évoquée plus haut fournit précisément cette matière et la consommation que nous en faisons accroît en retour l’accélération, un peu comme lorsqu’une boule de flipper prend de la vitesse en rebondissant de bumper en bumper.

Grâce aux tags et aux fils rss qu’ils génèrent automatiquement, les folksonautes s’approprient des liens, vos liens, en les filtrant, les expurgeant, mais aussi en les agrégeant à ceux de milliers d’autres folksonautes. Ils les utilisent dans l’instant, cherchant par exemple à repérer une source d’information nouvelle qu’ils mettront ensuite sous surveillance. Cela fait ils enregistrent l’adresse de la source « pour plus tard », la réinjectant ainsi dans le flux de la folksonomie. Une action aux conséquences paradoxale que l’on pourrait quasiment décrire dans un vocabulaire religieux, puisqu’en « inhumant » une page dans la « nécropole » personnelle que constitue leur compte en ligne ils lui redonnent finalement vie.

Bien entendu cet effort de « taggage » collaboratif doit aussi être maintenu pour la simple et bonne raison qu’il permet la création au fil de l’eau d’un véritable annuaire du web irréalisable autrement, annuaire du pauvre certes mais annuaire quand même avec ses notices, titres, descriptions et mots-clés, et l’on n’a finalement pas trouvé mieux pour compléter les moteurs de recherche classiques.

Pourtant l’inévitable question de la conservation des liens se pose. A une époque où se créent plus de 120 000 blogs par jour et où 55% d’entre eux disparaissent dans les trois mois qui suivent (derniers chiffres Technorati) on peut se demander ce qui restera de cet archivage dans quelques années (mois? semaines?). Je n’ai pas de réponse à apporter, il me semble en effet que se pose ici la question plus générale et quasiment philosophique du « pourquoi on archive? ».

(téléchargez l'article intégral)

Commentaires

L'acte !

Ce qui est important quand on archive su le Web (tout en partageant), ce n'est pas le contenu, mais l'acte qui définit un instant et un emplacement (parfois virtuel) de notre vie d'internaute.
On laisse ainsi une trace que l'on a existé. Et même si cette trace est noyée rapidement, elle permet, en cumulant d'autres "traces", de se créer une identité, et d'Exister envers son entourage !

 


Olivier D. alias ze kat | Le Jeudi 13/12/2007 à 11:40 | [^] | Répondre

Re: L'acte !

Je te suis Olivier mais au final pourquoi? A quoi cela sert-il d'archiver? De manière un peu provocante je dirais que finalement l'homme a les capacités de refaire tout ce qu'il a déjà fait, même après une destruction massive. Les empires se font et se défont depuis des millénaires.
Le problème est celui de la perte de temps bien sûr puisqu'il faut reprendre tout à zéro, mais c'est aussi l'occasion de refaire les choses en mieux ... ou en pire. C'est peut-être à ça que ça sert finalement, ne pas refaire les choses en pire. En tout cas c'est ce à quoi ça devrait servir mais si cela fonctionnait ça ce saurait, exemple les guerres : on se sert de ce que l'on a appris dans la précédente pour faire la prochaine en mieux, c'est à dire en générant plus de destruction. Sur une échelle morale on fait donc pire...
Bon je sais je m'éloigne un peu des folksonomies mais bon, tu m'as forcé la main ;-) 

 


crid | Le Vendredi 14/12/2007 à 11:11 | [^] | Répondre

 

Nuage de mots-clés des articles