Dix ans après la désignation de « post-truth » mot de l’année par Oxford, la tribune applique au concept ce que le veilleur fait de tout terme mal sourcé : le passer au crible. Elle n’y voit pas une ère nouvelle mais un vieux monde sous un mot neuf (Thucydide notait déjà que la guerre civile commence par les mots) et la perte d’un monopole, celui des médias, des experts et des institutions qui certifiaient le vrai. Comme François-Bernard Huyghe dans Fake News, l’auteur juge que le mot décrit moins un basculement civilisationnel qu’un cri d’alarme corporatiste, et qu’il fonctionne en bouclier asymétrique : la « post-vérité » est toujours chez l’adversaire, la « mise en contexte » chez soi, ce qu’il illustre par l’affaire du portable de Hunter Biden, l’hôpital Al-Ahli de Gaza et la formule de Fabrice Epelboin, « le pangolin a tué les fact-checkers ».
Pour décrire de vieux travers, On Bullshit de Harry Frankfurt suffit : le problème n’est pas le mensonge mais l’indifférence au vrai, dont l’auteur donne deux cas, Donald Trump et Katherine Maher, qui déclarait en 2022 que « notre révérence pour la vérité pourrait être une distraction ». Plutôt que de pathologiser ceux qui ne font plus confiance aux médias, il propose de leur donner les outils de juger par eux-mêmes (repérer les sophismes, exiger des sources, douter méthodiquement), ce que fait chaque jour le veilleur : tracer les sources, recouper les signaux, qualifier l’information avant de la transmettre. Tribune libre parue dans Veille Magazine.