Epstein, Snowden, Twitter Files, hypothèse d’une fuite d’un laboratoire de Wuhan : la tribune part de ces « théories du complot » devenues faits avérés pour montrer comment l’expression a cessé de désigner un objet d’étude et fonctionne comme un verdict, l’étiquette tenant lieu de réfutation. Les complots existent, rappelle l’auteur, et on les dévoile ; l’hypothèse du laboratoire n’a pas été écartée parce que réfutée mais parce qu’elle avait été étiquetée.
Il s’appuie sur la « psychiatrisation de l’attaque » décrite par François-Bernard Huyghe, sur la « tautologie terroriste » de Jean-François Revel (contester l’étiquette revient à la confirmer) et sur John Stuart Mill, pour qui une vérité qu’on interdit de contester devient un dogme mort. Celui qui trace la frontière entre hypothèse légitime et théorie du complot décide de ce qui peut être dit ; le veilleur, dont le métier consiste à prendre au sérieux des signaux faibles que personne ne veut regarder, devrait s’en inquiéter. Tribune libre parue dans Veille Magazine.