L’article cherche dans les romans d’anticipation, qui décrivent le monde dans cinquante ans au plus, les premières figures du veilleur et de l’intelligence économique. John Brunner, dans Tous à Zanzibar (1968), met en scène un « synthéticien » chargé de recouper des revues scientifiques, aussi agent de renseignement de l’État, et une multinationale qui investit dans un pays pauvre en échange de ses ressources : le volet offensif de l’intelligence économique. Norman Spinrad (Jack Barron et l’éternité) y ajoute l’enquête sur les personnes, qu’un ancien président de la SCIP décrivait en 2001 comme une spécialité de son cabinet.
Pour « l’après-veille », l’auteur lit Algis Budrys (Michaelmas, 1977 : un terminal mobile doté d’une intelligence artificielle synthétise l’actualité pour un journaliste d’investigation), Bruce Sterling (Les mailles du réseau : des lunettes-caméras qui font de chaque employé un capteur) et William Gibson (Comte Zéro : des multinationales en guerre discrète, un mercenaire spécialisé dans l’enlèvement de cadres et de chercheurs). Ces auteurs se trompent parfois, mais ils ont perçu le glissement de la sphère publique vers des acteurs privés. L’article cite un programme de la NASA, puis de l’Agence spatiale européenne, associant auteurs de science-fiction et prospectivistes, et Gérard Klein : science-fiction et prospective sont des demi-sœurs.