Amateur de science-fiction, l’auteur a regardé ce que la Wikipédia propose sur le cycle de Dune : des dizaines d’articles décrivent cet univers avec un luxe de détails, comme s’il existait, et l’on en lit la glose comme on lirait un article sur les Aztèques. Il y voit un besoin d’imaginaire dans un monde désenchanté (« I want to believe »), jusque dans la technologie : beaucoup d’ingénieurs et de chercheurs disent faire leur métier pour réaliser les histoires de science-fiction lues dans leur jeunesse. En 1975, alors qu’à peine soixante-quinze ordinateurs étaient reliés à internet, la liste de discussion non officielle la plus populaire était Sf-Lovers.
Avec la Wikipédia, on passe en deux clics de l’imaginaire à la réalité : l’article Dune dit que c’est un roman, mais l’article Arrakis se lit presque comme une description du réel. Que penseraient des archéologues du futur, devant un petit cube contenant tout notre savoir ? Les univers virtuels, eux, ne présentent aucune ambiguïté : ils sont un habillage de la réalité. La Wikipédia est donc plus équivoque, donc plus riche, que les encyclopédies dites sérieuses : elle mélange les genres, stocke un savoir vivant plutôt qu’académique et nourrit la créativité aux frontières, ce qui en ferait « l’œuvre la plus sérieuse jamais entreprise par l’humanité ».