Le texte part de ce que l’intelligence économique n’est pas (un mot-valise, de l’espionnage) et de ce qu’elle regroupe : veille, analyse, gestion des connaissances, protection, influence, pour toutes sortes d’organisations. Pour affiner le concept, il faut passer aux spécialistes de chaque dimension, d’où l’idée d’un livre qui les réunit, La boîte à outils de l’intelligence économique (Dunod), coécrit avec Nicolas Moinet, qui ne prétend qu’à « un début d’exhaustivité » : il a fallu renoncer à une bonne vingtaine d’outils.
La question centrale est celle du tout et des parties : l’intelligence économique est-elle une addition de pratiques ou un tout qui les dépasse ? L’auteur répond par la volonté managériale : mettre son organisation en intelligence avec son environnement, être en bonne intelligence avec ses clients, partenaires et parfois concurrents, créer les conditions d’une intelligence collective interne. Ses détracteurs la comparent à la chimère (tête de lion, corps de chèvre, queue de dragon), un assemblage. Ils ont raison, mais oublient que la chimère a agi sur les hommes qui y ont cru. Concept opératoire, l’intelligence économique devient, dès qu’une vision lui donne vie, une chimère « en prise sur le réel », qui mord.