Question posée en formation : les qualités premières d’un veilleur ? Trois mots viennent, intimement liés : paresse, curiosité, imagination. La paresse : ne pas refaire à zéro le repérage de sources que d’autres ont déjà fait, une « intelligence rusée » (la mètis) qui libère du temps pour l’analyse et la diffusion, et que l’empathie aide à exercer en devinant comment l’autre a intitulé sa page. La curiosité : creuser plutôt que se contenter de ce que tout le monde sait, avec le doute pour ressort, et ses biais cognitifs à surveiller ; le signal faible est la quête du Graal du veilleur.
L’imagination : la pensée latérale sert à résoudre sans cesse des problèmes (trouver des experts, des annuaires, une méthode d’analyse adaptée) et suppose de mettre ses convictions de côté au moment de sélectionner et d’analyser. Le veilleur est un « anti-employé » : il dit « je ne sais pas (encore) » et vend de l’incertitude dans un milieu où seule la certitude est valorisée. Un quatrième billet, consacré aux documentalistes, rapproche la veille de l’« esprit commando » : intégrer le risque dans la documentation classique, sortir de la fausse sécurité du plan de classement et du thésaurus pour explorer le territoire et le dessiner au fil des découvertes.