L’article part de l’idée que l’intelligence économique est depuis longtemps pensée comme collaborative : l’intelligence collective de Pierre Lévy, la méthode Puzzle d’Humbert Lesca (1992), le rapport Martre de 1994 qui préfère un animateur de réseaux à une structure centralisée. La réalité est plus contrastée : selon un baromètre Digimind de 2008, une grande entreprise française sur deux organise sa veille de façon transversale, et l’enquête d’Henri Stiller (2010) décrit une veille souvent dispersée. Ce qui manque, c’est l’organe de coordination ; la curation peut y contribuer.
Il s’agit de la curation interne, rendue possible par les réseaux sociaux d’entreprise. Le slogan du « tous veilleurs » a vécu, mais la curation ne demande aux collaborateurs que de s’intéresser à leurs sujets : personne ne collabore pour collaborer, et ce qui résout un problème de gestion personnelle de l’information peut en résoudre un au niveau collectif. Le service de veille devient coordinateur et « agrégateur » : former, tirer parti des communautés d’intérêt, les animer. L’auteur y voit une opportunité plus qu’un risque : la curation est chronophage, seuls les professionnels sont mandatés pour la faire, et elle révèle en creux les besoins d’information de l’organisation.