Le billet rebondit sur un texte de Frédéric Martinet, « veilleur intraitable », dont l’auteur partage presque tout sauf la place des outils gratuits. Sur les 80 à 120 veilleurs qu’il forme chaque année depuis sept ans, il estime au doigt mouillé que quatre sur cinq n’ont pas plus de 200 euros à investir : pour lui, la veille n’est pas une question de budget. Le vrai problème est de perception (le gratuit paraît sans importance, sans reconnaissance, sans contrainte), ce qui pousse à papillonner d’un service à l’autre. On ne fait une veille gratuite qu’en choisissant les meilleurs outils et en s’y tenant : la ténacité devient une qualité du veilleur désargenté.
Il retourne ensuite l’argument : on peut faire une mauvaise veille avec des outils coûteux, dont le prix entretient un faux sentiment d’exhaustivité, alors que l’insécurité des outils gratuits pousse à ne pas s’arrêter à leurs résultats. La veille stratégique ne dresse pas des panoramas, elle aide à décider, ce qui suppose incomplétude et prise de risques. Un concours entre outils payants et gratuits n’aurait pas de sens, il faudrait que chaque veilleur ait un clone dans l’équipe adverse : les outils ne valent que par les personnes qui s’en servent.