Sep. 09 27

Version imprimable Upload de votre cerveau sur Google en cours... N'éteignez pas votre PC


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Parmi tout ce que la société Google pourrait faire des données qu'elle collecte sur nous jour après jour via l'infinie galaxie des services qu'elle nous offre, il est une possibilité qui me semble à la fois excitante, inquiétante et susceptible d'arriver bien plus vite qu'on ne le pense. Il s'agit de la possibilité de nous doter d'un avatar qui ne serait pas qu'une image nous représentant mais bel et bien une prothèse de nous-mêmes, je veux dire de chacun d'entre nous pris individuellement.

Il pourrait s'agir dans un premier temps d'un service prenant la forme d'un assistant personnel évolué susceptible de nous aider dans diverses tâches de gestion de notre activité quotidienne et de prises de décisions telles que :
  • répondre à certains courriels automatiquement et de manière personnalisée,
  • nous abonner/désabonner automatiquement à des newsletters, flux rss, forums de discussions, hubs, en fonction de centres d'intérêts du moment,
  • nous aider à entretenir les liens avec les membres de notre réseau social (ex : leur envoyer un email/sms/message sur un wall/twitt/... pour leur anniversaire)
  • nous proposer des phrases déjà écrites selon notre style au fur et à mesure de notre rédaction (saisie prédictive ++) lorsque nous utilisons Gmail, Google Docs, Blogger ou n'importe quel service Google permettant la rédaction de texte.
  • nous alerter de manière très fine et sans que nous n'ayons eu à configurer d'alertes par mots-clés de documents apparus dans les index Google : documents, pages web, billets de blog, news, vidéos, forums, produits, bonnes adresses,...
  • nous proposer de nous mettre en relation avec des experts des domaines sur lesquels nous sommes en train de travailler (Google answers en temps réel et dans le contexte)
  • optimiser notre trajet en voiture en fonction de nos habitudes mais aussi de celles de tous les autres utilisateurs de Google actuellement en déplacement (via la géolocalisation de notre tél mobile).
En cherchant un peu on peut sans doute trouver des sociétés ayant déjà tenté de développer tel ou tel de ces services mais aucune n'est aussi bien placée que Google pour en tirer profit. Google, qui dispose déjà de monstrueuses quantités de données nominatives (10 things Google knows about you?) et peut aisément en tirer des probabilités quant à ce que seront nos activités dans une heure, un jour, 3 mois, un an,... Mais aussi les comparer avec celles de ses millions d'autres utilisateurs afin de proposer des services à base d'optimisation et de contrôle des comportements de masse et individuels :
  • vous éviter des embouteillages en vous proposant des itinéraires bis ou ter calculés en temps réel,
  • vous proposer des promotions géociblées si vous êtes plus de 20 à vous rendre dans telle boutique (proche) entre telle et telle heure,
  • trouver l'heure et le lieu qui conviendraient le mieux à la réunion d'une équipe projet ou d'un groupe d'amis géographiquement séparés,...).
Je stoppe là une liste qui indique des usages évidents mais dont on comprend qu'ils sont infinis. Que faut-il pour que tout cela advienne? Pas grand chose en fait, en tout cas rien que Google ne sache déjà faire. Si l'on s'intéresse un peu au fonctionnement de la firme on sait qu'elle utilise déjà des algoritmes sophistiquées pour suivre, optimiser et anticiper le travail de chacun de ses employés (Voir cet article). Sans rien connaître au fonctionnement des systèmes de ce type j'imagine un outil d'informatique décisionnel orienté non pas vers les produits mais vers les individus, un système à la fois descriptif et apprenant de chacune des interactions des employés entre eux et avec le système, un système orienté vers une analyse prédictive très fine des résultats permettant de déduire d'historiques de données (mais peut-on parler encore d'historique lorsqu'on fonctionne en temps réel?) des comportements potentiels. Archives de données qui, comme l'a montré Ian Ayres dans son ouvrage Super-crunchers, prennent une importance grandissante dans les prises de décision et sont en mesure d'en optimiser les résultats (Quand nous serons tous des dataminers).

A quoi aboutit-on finalement? Tout simplement à la naissance d'un double numérique de nous-même constitué de tout ce que Google sait déjà de nous et est capable d'en déduire quant à notre mode de fonctionnement, nos habitudes, tics et manies. Mais aussi bien sûr de ce qu'il continue à apprendre tous les jours et lui permet d'affiner petit à petit la connaissance qu'il a de nous, connaissance qu'il revend d'ailleurs depuis longtemps de manière agrégée à d'autres compagnies et a déjà fait sa fortune.

Tout comme Google se positionne comme l'acteur incontournable du marché publicitaire dans le monde réel ("irl" si vous préférez) grâce à Google Latitude, il a en main les cartes pour constituer la première véritable extension de notre cerveau ou plus exactement la première modélisation, forcément imparfaite mais s'améliorant en permanence, de celui-ci et de ce qu'il est en mesure de produire. Et je ne crois pas faire de la mauvaise science-fiction en disant cela. Pour Google et ses fondateurs tout a toujours été question de statistiques et de data mining (cf les publication de Sergei) et j'imagine que dans leur idéal le fonctionnement de notre cerveau pourrait finir par se réduire à un algoritme évolutif et personnalisé.

Réfléchir à la puissance de la firme de Moutain View donne alors le vertige car on comprend qu'elle sera (est déjà?) en mesure d'anticiper avec un taux de probabilité toujours croissant nos comportements individuels et/ou collectifs sur le web et "irl" (mais cette distinction perd tous les jours du sens). Et pour ceux qui se croient en dehors de la galaxie Google et donc non-prédictibles (c'est à dire non-manipulables) car n'utilisant pas les services Google et bien qu'ils se rassurent, il serait étonnant qu'ils ne correspondent pas à l'un des profils toujours améliorés d'un panel généré par l'aggrégation/désaggrégation permanente de millions d'autres.

Tout comme certains s'amusent à rechercher des mots-clés que Google ne connaitrait pas nous nous amuserons peut-être un jour à tenter des comportements individuels que Google n'aurait pas anticipé.
Oui je sais tout cela fait très Matrix mais montrez moi où j'ai tort :-)
Google pourrait ainsi réaliser avant les échéances proposées par Ian Pearson, Ray Kurzweil, Bruce Katz ou les tenants du transhumanisme, c'est-à-dire autour de 2050, une certaine forme de "Mind uploading".

Alors? Etes-vous prêts à laisser Google modéliser votre cerveau? Etes-vous prêt à lui déléguer votre moi numérique et donc votre identité numérique?

Commentaires

1 - ah !

J'ai le droit de me tirer une balle dans la tête ?

non c'est une boutade, mais plus sérieusement, si je le fais, est-ce que ce double numérique sera moi ?
Une autre chose également, c'est que si il n'existe plus d'accident possible, si tout est prédictible alors nous sommes fini à tous les sens du terme, c'est à dire surtout que nous ne pouvons plus évoluer !
Plus d'accident qui permette de faire avancer la recherche, plus de serendipité...

Qu'allons-nous gagner en échange ?

A voir avec la conférence de rémy soussin à digiborigène cette année sur le computorium (faut pas m'en demander plus, je ne suis pas capable d'expliquer)

 


jadlat | Le Lundi 28/09/2009 à 11:35 | [^] | Répondre

2 -

Très très bien exprimé ... Personnellement j'attends ce double qui me permettra de faire plus rapidement les tâches répétitives ... mon optimisme m'occulte la manipulation pour ne conserver que l'aspect bénéfices ... Si nombre de mes choix sont prédictibles tant mieux ... cela laissera plus de place à l'expérimentation ... à la découverte ...

 


SylvieLeBars | Le Lundi 28/09/2009 à 11:50 | [^] | Répondre

3 -

 Très bon article. Merci.

 


fred | Le Mardi 29/09/2009 à 02:54 | [^] | Répondre

4 - très bon !

Le titre de ce billet est génial :).

Pour votre anticipation, qui sait.... Mais pour l'instant j'ai tout de même l'impression que Google base en grande partie son succès sur une éthique irréprochable (au contraire de son grand frère Microsoft), donc je suis pas trop inquiet.

 


Cyrille | Le Mardi 29/09/2009 à 19:26 | [^] | Répondre

6 - Re: très bon !

Merci.
Le problème avec l'éthique c'est que finalement chacun a la sienne. N'est-ce pas une bonne idée, utile à l'internaute que de lui proposer un assistant personnel intelligent. N'est-ce pas lui rendre service? Etre gentil avec lui et donc éthique qqpart?

 


Anonyme | Le Mercredi 30/09/2009 à 06:55 | [^] | Répondre

5 -

Très bon article, rappelant effectivement certains auteurs de romans d'anticipation/science-fiction (P.K Dick, Bradbury, C D Simak, etc :-).

Je penses que Google est en avance (est de loin) au niveau de l'innovation par rapport à ses concurrents (voir aux autres sociétés existantes d'un point de vue global) car ils répondent aux besoins, plus qu'ils n'imposent leurs technologies.

La plupart de leurs innovations (je penses notamment à Google Wave, voir au Monopoly Google Street) visent à faciliter l'accès aux informations (partage, stockage, recherche) sans imposer de format rigide et de contraintes, comme Microsoft par exemple.

Les avancés présentées dans cet article arriveront si les internautes expriment ce(s) besoin(s), cette nécessité d'être assisté par un "double numérique". Tout ce qui est décrit ici parait plutôt attrayant (au delà de la possible paranoïa induite) ! Et si le besoins de trouver des régimes anti-infobésité se fait sentir, alors Google y répondra surement... Reste à chacun de trouver les limites !

 


Camille A | Le Mercredi 30/09/2009 à 01:39 | [^] | Répondre

7 - Si vous le voulez bien...

Nul doute que Google est très bien placé pour cela.

Mais c'est parce que vous le voulez bien que ces firmes disposent de vos infos.
Qui vous force? Personne!

Google, sur sa page d'accueil de Gmail, vous invite à leur léguer de façon indéterminée ces données : "so that you'll never have to delete any of your mail". On y est également encouragé de la sorte par Facebook implicitement.

Sans compter que ces données pourront subsister pendant plusieurs siècles dans la mémoire de Google.
Si vous avez lu Les Racines Du Mal de Dantec, vous penserez à la "Neuromatrice" qui permet la prédiction de la psychologie d'une personne par le biais d'un programme informatique.

Vous pouvez vous tirer une balle dans la tête mais vous pouvez aussi nettoyer vos cookies, nettoyer l'historique de vos mails. C'est un bon début qui nécessite de la rigueur. Car qui dit nouveaux comportements implique aussi nouvelles habitudes de rigueur.

Rien n'empêche Google d'analyser vos échanges avec vos pairs et de les représenter sous forme de diagrammes, arbres généalogiques.
En cumulant ces données sur plusieurs générations, Google deviendra un peu la mémoire de l'humanité numérisée. En combinant cela avec des données sur votre ADN, sur votre carnet médical, rien n'empêchera cette firme de se lancer dans la recherche, via par exemple des études à grande échelle sur les implications entre états/comportements psychiques et maladies physiques, car ils disposeront de toutes ces données.

Tout dépend de la politique appliquée à l'égard de ces données. Il y a la possibilité du bon comme du mauvais.

 


Valentin1979 | Le Jeudi 05/11/2009 à 16:47 | [^] | Répondre

8 - Re: Si vous le voulez bien...

 Qui vous dit que ce n'est pas déjà ce que je fais :-)
C'est évident que nous construisons notre propre prison en léguant nos traces à Google (et quelques autres). Le problème est de pouvoir résister à son pouvoir d'attraction... Un petit extrait d'un excellent article de Daniel Kaplan pour éclaircir mon discours :

Ne faites pas les effarés ! Ceci n’arrivera pas après-demain par suite d’un complot diabolique. Cela se réalise aujourd’hui par une série de petites décisions que nous prenons tous : parce qu’on veut mieux suivre ses circuits logistiques, intervenir de manière préventive sur les machines installées chez ses clients, faciliter le passage en caisse ou à l’entrée du bus, identifier et contrôler les bagages, sécuriser le métro, réduire les accidents automobiles sans aller moins vite, retrouver nos chats, protéger nos parents malades d’Alzheimer, éviter à nos enfants de se faire enlever, se défendre des délinquants sexuels, suivre à la trace les demandeurs d’asile avant de les expulser, mesurer le temps réel de son marathon, mieux s’occuper des arbres de Paris, être averti à temps des crues… Tous ces exemples sont d’aujourd’hui !
Et ce texte a déjà 3 ans...

 


crid | Le Jeudi 05/11/2009 à 18:00 | [^] | Répondre


10 - Lien croisé

! : " Ce que nous réserve le web d’ici 2050 par , via Loïc Hay. A compléter par l’analyse de Christophe Deschamps sur Outils Froids."

 


Anonyme | Le Samedi 21/11/2009 à 19:31 | [^] | Répondre

11 - Lien croisé

SF et prospective - Krunchd.com - Krunch Multiple URLs into One Short URL : ""http://www.outilsfroids.net/news/comment-les-auteurs-de-sf-ont-anticipe-les-metiers-de-la-veille","http://www.outilsfroids.net/news/tous-cyborgs-en-2020","http://www.outilsfroids.net/news/wikipedia-l-encyclopedie-du-reel-et-de-l-imaginaire","http://www.outilsfroids.net/news/upload-de-votre-cerveau-sur-google-en-cours-n-eteignez-pas-votre-pc""

 


Anonyme | Le Jeudi 28/01/2010 à 15:55 | [^] | Répondre

12 - Lien croisé

Google fabrique les employés 2.0 : "Est-ce que de bonnes conditions de travail nuisent à la productivité? Apparemment pas comme l'actualité débordante de cette société et la puissance (un peu effrayante) qu'elle acquiert jour après jour nous le montre. En fait c'est l'inverse."

 


Anonyme | Le Samedi 06/02/2010 à 23:45 | [^] | Répondre

 

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